ISKRA ! la tant espérée

Il y a une bonne vingtaine d’années c’était déjà un réflexe de la part de nombreux militants, parents, éducateurs, que d’offrir largement tout autour de soi le petit livre de Franck Pavloff : Matin Brun. Un acte de salubrité, de prévention mais aussi d’alerte face à la fascisation rampante de la société française, au danger fasciste, jamais totalement éliminé et qui était réapparu fortement en France dès les années 80. Nous voici en 2024 et la diffusion de ce petit livre symbole d’instruction civique morale et politique ajoutée à tant d’autres initiatives politiques publiques et privées d’éducation culturelle et politique, n’ont pas eu l’impact espéré et n’ont pas pesé lourd face à la lepenisation des esprits.

Offrir un livre comme celui-ci à des enfants, comme à beaucoup d’autres d’ailleurs à tous les âges de la vie, est déjà un geste de résistance et reste un acte toujours bienfaiteur aujourd’hui malgré les limites de sa fonction d’influence. L’éducatif reste un pari subjectif.

Les dernières échéances électorales ont montré que le front républicain a volé en éclat depuis belle lurette, de récents sondages font craindre le pire y compris dans la tranche d’âge des 18-24 ans et viennent confirmer les études de J Fourquet présentées dans son livre La France d’après. La banalisation de l’extrême droite est telle qu’un jeune dirigeant politique de cette tendance arrive à la trentième place des personnalités françaises les plus populaires – la société du spectacle s’empressant de souligner, dans ce hit-parade, sa première place devant d’autres politiciens. Comme l’illustrait très bien un récent dessin paru dans Le Canard enchaîné montrant les deux dirigeants du F/RN : « il suffit de faire infuser ! »

Ça sent le brun effectivement, mais on ne désespère pas encore d’un large front anti-fasciste. Mon mauvais esprit me répète en sourdine que chaque jour qui passe nous en rapproche, en convenant immédiatement de ne pas dire de quoi chaque jour nous rapprocherait ! – d’autant qu’il n’ y a rien à attendre du énième gouvernement « de réarmement » qui agite les médias, avec entre autre cerise sur le gâteau la nomination de Dati à la culture. Qu’elle crève, la culture ! On avait compris.

Je ne suis pas sûr d’appliquer au F/RN le vœu humaniste de se défaire de la détestation que le dramaturge Wajdi Mouawad porte à propos de la guerre entre le Hamas et l’État d’Israël ou de la guerre impérialiste en Ukraine. Comme le chantaient ces chers Béruriers noirs, ma jeunesse emmerde le F/RN. Et… à la différence du héros du roman/film Le Désert des tartares de Dino Buzzati qui passa toute sa vie à attendre l’invasion, je ne me résous pas à subir la résistible ascension d’Arturo UI et continue de guetter le moindre signe d’une insurrection qui viendrait.

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