DégagementS

Au pluriel. Je tente de savoir où j’en suis en matière d’ « engagement », et si un artiste doit l’être, engagé, comme on a l’impression qu’il le faudrait pour mériter l’attention. D’une part l’engagement est singulier, en général continu en dépit d’aspects changeants, c’est une ligne directrice, un idéal régulateur comme disait Kant. D’autre part il a toujours ses raisons, ce qui en fait un objet commode dans les discussions ; on peut en parler, le soupeser, il n’est même pas vraiment besoin d’en débattre tant on est d’avance convaincu de son bien fondé. Et la messe est dite. Je n’ai rien contre, évidemment. Bravos et félicitations à celles et ceux qui arrivent à mener de front engagement et production artistique de qualité. Mais en ce qui me concerne, engagé, je ne le suis pas au-delà de mes prises de position – assez distanciées au demeurant – de citoyen lambda. Et puis je suis toujours à la peine si on me demande d’expliquer ce que j’ai « voulu faire » ou, pire, « exprimer ». Alors quoi ?

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Entre deux eaux

Brèves notes de bulletin saisonnier / Bavardages transcendants..?

Serions-nous au sortir d’une période de sécheresse de l’esprit? Ou d’un trop plein d’espaces vacants saturés de vacuités pseudo intellectuelles à vite emplir d’évidences simplistes et d’euphémismes pour que ça coule et que ça s’écoule en comment se taire.

Trouver un sujet prétexte pour sortir de cet enlisement car il est temps de bifurquer, se dit-on désormais. Un sujet prétexte à ouvrir les vannes d’un torrent d’inspirations. Et pourtant n’était-il pas question de végét-action ? Rien moins qu’à sec d’un mot, d’une idée qui donne soif, qui fasse ricochet. Contempler les ondes d’une pensée et se les accaparer, au bord d’un pont miroir temps sur la page, se tenir à l’écart d’un certain confort devant le lit tari, peut être même s’avouer un contentement annonçant les prémices d’un effacement obsédant, la répétition d’une retraite paresseuse, d’une recherche besogneuse alors qu’un soulèvement s’impose.

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« C’est la danse qui est la chose »

J’ai récemment relu quelques pages de Jean Dubuffet, L’homme du commun à l’ouvrage, dont je vous livre un extrait ci-après. Coïncidence : je venais de commettre ces deux petites esquisses. Inachevées, mal ébarbées, tout juste des brouillons… un « mal fini » qui n’avait rien de prémédité et devait n’être qu’une étape vers quelque chose de plus abouti. Mais en les disposant en vis-à-vis me vint cette injonction : « surtout n’y touche plus, elles dansent toutes seules ! », ça y est, je ne m’en rendais pas compte mais ça y est déjà, elles sont suspendues dans l’imminence de leur envol, danseur et danseuse en attente de qui commencera en premier, tous les deux réunis sans doute par l’horizontale qui délimite le tiers inférieur de la feuille – comme une barre d’appui ou un balancier au moment d’être saisi ? Il n’aurait pas fallu pousser plus loin, c’était trop risquer d’esthétiser et figer cet instant. Mais comment parviennent-elles à danser, si ce n’est par la vibration de notre regard ? N’est-ce pas leur imperfection même qui est le visage de cette attente d’une prise de regard (comme on dit prise de parole) qui va les achever – non pas les finir, mais les remettre en mouvement ?

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Oraisons

Oraisons parce que chaque geste se double d’une incantation pour qu’un peu d’esprit vienne se déposer là, sur quelques centimètres carrés, lorsque le crayon ou le pinceau s’y risque. A quoi ça tient, l’esprit ? Affermir un angle, assouplir une courbe. Rien de mystérieux, jamais, rien de vraiment explicable non plus. Atteindre une position d’équilibre, montrer qu’on en a l’intention, et que ça ne tient qu’à un fil. Un tremblement, un suspens.

Je ne prie rien ni personne, mais auprès de quelle instance est-ce que je mendie cette chance ? Je peins une prière d’insérer, un coin dans la bûche de nos indifférences, un poing serré face à l’inavouable. J’ai l’absolue conviction que le ciel est vide mais comme tout un chacun je ne puis m’empêcher d’y lever le regard, comme pour remercier le hasard de m’avoir convié au miracle qu’est, malgré tout – oui, malgré ce dont nous sommes coupables – la vie des hommes sur terre. Oraisons pour ne pas céder aux terreurs que nous engendrons.

Et puisque d’arbres il est question ci-dessous, oraison rime avec horizon, cette promesse des lointains que renouvelle chaque canopée.

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Oh les beaux arbres !

Passant, qui ne voit pas que les arbres contemplent ce que nous ne sommes plus, dans tous les arbres que nous avons été. Que rêver de mieux qu’un égarement guidé par les essences de la lenteur ?

À quoi bon poursuivre la fuite en avant, cette course effrénée après une victoire à l’aveugle sur la répétition d’un quotidien hétéronome, si ce n’est pour s’enfoncer dans une forêt profonde, luxuriante, et disparaître parmi les arbres de notre forêt primitive ; si ce n’est pour marquer un arrêt sur image panoramique fixe et prendre racine dans un abîme de lumière tranchante, y rejoindre de l’inconnu, célébrer des retrouvailles.

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Dire…

Dire / Dédire déboire et remettre ça comme on partirait faire la tournée de terrains vagues à l’âme pour y chercher des petits mots éclos de roses séchées

Quoi ? Quel est le sujet ? On a du mal à vous suivre / Quoique pour une petite cure innocente de désobéissance sympathique dans un tissu de sens / Convertir le sentiment d’une condition de détention sur la grève de la syntaxe en friche de bourgeons de phrases délicates / Pas tort ! Infiltration de la respiration / Un ravalement de façade du sérieux s’imposerait-il un certain effacement ? Vous repasserez ou on vous écrira ?

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… le diaphane, pour laisser venir

Il faut parfois plusieurs années pour prendre la mesure de ce que l’on a fait, ou essayé. Deux ou trois ans après avoir réalisé cette peinture, je sentais qu’elle « ne m’avait pas tout dit ». Quelque chose d’elle m’échappait encore. J’ai alors décidé de vivre avec et je l’ai installée dans mon lieu de vie. En la faisant j’avais privilégié le rythme qui la balaie de gauche à droite en s’accrochant aux tons boisés qui la scandent. Mais au fil des mois c’est dans sa profondeur qu’elle s’est peu à peu révélée.

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Colère solidaire !

Faisant désormais partie de ces « vieux cons » qui pensent que la complexité oblige sans cesse à nuancer l’argument d’une certitude mais pas forcément à instruire celle-ci dans les poubelles de l’histoire, je vous  livre cet accès d’humeur…

Chaque jour qui passe enrage un peu plus ma privation de spectacles vivants et « ça commence à suffire » !!! Je veux recevoir toutes les mobilisations en cours et diverses prises de Parole comme un signe de santé, un refus de renoncement, un appel aussi  à la mobilisation des militants de l’éducation populaire aux côtés des artistes qui vont contaminer autrement notre quotidien et non comme l’expression d’un dernier sursaut, pour l’honneur…

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Surgissements

« Quant au trouble, à surgir depuis toujours comme un pont tremblant sur l’abîme du désir, comment pourrait-il résister à la constante marée d’images qui nous est devenue incontrôlable ? »

« Que reste-t-il de la lumière du désir ? Que reste-t-il de ses éblouissements, de ses ténèbres, de son innocence sauvage ? »1

Ce qui nous fait défaut, ce n’est pas tant de se faire voir – ce maître mot de l’époque -, c’est l’incarnation. Toute chair est dorénavant suspecte,

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Comme à cloche pied, le…

… crayon hésite, se pose un instant, se reprend aussitôt, tente un trait, un mot. Un brouillon, des notes dans la marge d’une page dont la blancheur appelle quelque chose qui se décidera par-delà nos intentions. L’hôte est capricieux.

Nous aurons l’un et l’autre traversé l’hiver armés de nos carnets. Nous tenons dans la main, au format poche, une seule certitude : les ratures qui attestent de nos veilles, les preuves – l’épreuve ! – de nos itin/errances. Carnets de voyages en douce sous la lampe, bribes de mondes en flocons épars, autant de pistes, autant de promesses de doute1. De page en page un continuum de fugacités, de pourquoi pas, de mais non et de peut-être que si… (Avec pour moi l’avantage sur toi qui écris, que la juxtaposition de mes ratures arrive parfois à faire motif.)

Qu’il était simple, quand nous étions enfants, de sautiller de la Terre au Ciel…

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