Oraisons

Oraisons parce que chaque geste se double d’une incantation pour qu’un peu d’esprit vienne se déposer là, sur quelques centimètres carrés, lorsque le crayon ou le pinceau s’y risque. A quoi ça tient, l’esprit ? Affermir un angle, assouplir une courbe. Rien de mystérieux, jamais, rien de vraiment explicable non plus. Atteindre une position d’équilibre, montrer qu’on en a l’intention, et que ça ne tient qu’à un fil. Un tremblement, un suspens.

Je ne prie rien ni personne, mais auprès de quelle instance est-ce que je mendie cette chance ? Je peins une prière d’insérer, un coin dans la bûche de nos indifférences, un poing serré face à l’inavouable. J’ai l’absolue conviction que le ciel est vide mais comme tout un chacun je ne puis m’empêcher d’y lever le regard, comme pour remercier le hasard de m’avoir convié au miracle qu’est, malgré tout – oui, malgré ce dont nous sommes coupables – la vie des hommes sur terre. Oraisons pour ne pas céder aux terreurs que nous engendrons.

Et puisque d’arbres il est question ci-dessous, oraison rime avec horizon, cette promesse des lointains que renouvelle chaque canopée.

Publié dans Lisières | Laisser un commentaire

Oh les beaux arbres !

Passant, qui ne voit pas que les arbres contemplent ce que nous ne sommes plus, dans tous les arbres que nous avons été. Que rêver de mieux qu’un égarement guidé par les essences de la lenteur ?

À quoi bon poursuivre la fuite en avant, cette course effrénée après une victoire à l’aveugle sur la répétition d’un quotidien hétéronome, si ce n’est pour s’enfoncer dans une forêt profonde, luxuriante, et disparaître parmi les arbres de notre forêt primitive ; si ce n’est pour marquer un arrêt sur image panoramique fixe et prendre racine dans un abîme de lumière tranchante, y rejoindre de l’inconnu, célébrer des retrouvailles.

Lire la suite
Publié dans Ecri(ra)tures | Laisser un commentaire

Dire…

Dire / Dédire déboire et remettre ça comme on partirait faire la tournée de terrains vagues à l’âme pour y chercher des petits mots éclos de roses séchées

Quoi ? Quel est le sujet ? On a du mal à vous suivre / Quoique pour une petite cure innocente de désobéissance sympathique dans un tissu de sens / Convertir le sentiment d’une condition de détention sur la grève de la syntaxe en friche de bourgeons de phrases délicates / Pas tort ! Infiltration de la respiration / Un ravalement de façade du sérieux s’imposerait-il un certain effacement ? Vous repasserez ou on vous écrira ?

Lire la suite

Publié dans Ecri(ra)tures | Laisser un commentaire

… le diaphane, pour laisser venir

Il faut parfois plusieurs années pour prendre la mesure de ce que l’on a fait, ou essayé. Deux ou trois ans après avoir réalisé cette peinture, je sentais qu’elle « ne m’avait pas tout dit ». Quelque chose d’elle m’échappait encore. J’ai alors décidé de vivre avec et je l’ai installée dans mon lieu de vie. En la faisant j’avais privilégié le rythme qui la balaie de gauche à droite en s’accrochant aux tons boisés qui la scandent. Mais au fil des mois c’est dans sa profondeur qu’elle s’est peu à peu révélée.

Lire la suite
Publié dans Lisières | Laisser un commentaire

Publié dans Lisières | Laisser un commentaire

Colère solidaire !

Faisant désormais partie de ces « vieux cons » qui pensent que la complexité oblige sans cesse à nuancer l’argument d’une certitude mais pas forcément à instruire celle-ci dans les poubelles de l’histoire, je vous  livre cet accès d’humeur…

Chaque jour qui passe enrage un peu plus ma privation de spectacles vivants et « ça commence à suffire » !!! Je veux recevoir toutes les mobilisations en cours et diverses prises de Parole comme un signe de santé, un refus de renoncement, un appel aussi  à la mobilisation des militants de l’éducation populaire aux côtés des artistes qui vont contaminer autrement notre quotidien et non comme l’expression d’un dernier sursaut, pour l’honneur…

Lire la suite
Publié dans Ecri(ra)tures | 1 commentaire

Surgissements

« Quant au trouble, à surgir depuis toujours comme un pont tremblant sur l’abîme du désir, comment pourrait-il résister à la constante marée d’images qui nous est devenue incontrôlable ? »

« Que reste-t-il de la lumière du désir ? Que reste-t-il de ses éblouissements, de ses ténèbres, de son innocence sauvage ? »1

Ce qui nous fait défaut, ce n’est pas tant de se faire voir – ce maître mot de l’époque -, c’est l’incarnation. Toute chair est dorénavant suspecte,

Lire la suite
Publié dans Lisières | 1 commentaire

Comme à cloche pied, le…

… crayon hésite, se pose un instant, se reprend aussitôt, tente un trait, un mot. Un brouillon, des notes dans la marge d’une page dont la blancheur appelle quelque chose qui se décidera par-delà nos intentions. L’hôte est capricieux.

Nous aurons l’un et l’autre traversé l’hiver armés de nos carnets. Nous tenons dans la main, au format poche, une seule certitude : les ratures qui attestent de nos veilles, les preuves – l’épreuve ! – de nos itin/errances. Carnets de voyages en douce sous la lampe, bribes de mondes en flocons épars, autant de pistes, autant de promesses de doute1. De page en page un continuum de fugacités, de pourquoi pas, de mais non et de peut-être que si… (Avec pour moi l’avantage sur toi qui écris, que la juxtaposition de mes ratures arrive parfois à faire motif.)

Qu’il était simple, quand nous étions enfants, de sautiller de la Terre au Ciel…

Lire la suite

Publié dans Lisières | Laisser un commentaire

… Texte, simplement

Chaque jour, et parfois avec un certain cynisme, IL conjuguait et IL conjugue toujours le temps d’écrire dans un compte à rebours et s’en amuse quelquefois ; quelquefois pas, car IL ne s’en amuse pas pour en finir d’écrire. Encore un jour de passé, où IL n’écrit pas, où IL réussit à contenir la plume dans une paresse de circonstance, encore un jour où IL réussit à esquiver, à repousser à plus tard.

Faut croire que non…!

Lire la suite

Publié dans Ecri(ra)tures | Laisser un commentaire

Caviar d’âge chronique

J’ai des images de poste restante à la veille d’un grand soir.

Chercher querelle aux mots piégeurs. À quelle adresse le destinataire déchire-t-il ses courriers? A-t-il déjà été écrit? Pour éconduire les mots valises et passer au travers de la muraille du langage d’usage.

Poursuivre le jeu de la tergiversification : masquer les paradoxes pour tenir le grand écart à l’instant d’après, entre la lassitude des jours sans lacets et l’entrelacement des pensées conspiratrices.

Dans sa carrière de mélancolies le tailleur de silence fait saillir un éclat de signifiant : un entraînement à l’esquisse de portraits poétiques de la dérision.

La rosée au petit matin n’y peut rien , l’état de veille pose la question du sujet . Quoi de neuf ou quelle remontante ? Lire la suite

Publié dans Ecri(ra)tures | Laisser un commentaire