Pour la forme

Les formes qui renouvellent le regard / Accomplissent le toucher / Les formes sans effet en apparence sont des fées / Défiées aux apparences / Les formes donnent une courbure à l’instant / Une ligne à la lumière une marque à l’oubli / Les formes saturent une intention sans limite / Les formes sont une dédicace à renouveler le galbe / Et l’arrondi les creux et les bosses / Les formes disent une remise en forme / Les formes dénoncent un écart de forme / Les formes masquent un archétype de forme / Les formes sont un redressement idéologique / A la recherche d’une esthétique de pure forme /Les formes passent pour une querelle de fond / Les formes jettent un sort à l’image / Les formes fondent l’espace temps de la situation / Ainsi font les formes

M’aspire à fond l’inspiration des formes sans fond.

(Extrait du recueil Pas de miracles !, Jacques André éditeur 2012)

 

PourLaForme

Je me permets, l’ami, de prendre la suite pour faire écho – sans rien prétendre y ajouter – à ce bref hommage aux formes. Il m’a fait me ressouvenir d’une note d’atelier où je tournais autour de cette question du fond et de la forme, inévitable pour qui ne travaille que sur des formes, tout en se disant qu’elles ne sauraient être dénuées de fond, et en essayant laborieusement de tirer ça au clair. Je n’aurai ni ta concision ni ta délicatesse de ton, mais enfin voici :

Aimer peindre / peindre aimer. Tirer des bords sur la toile / innerver l’existence. De ce seul fait faire sens, c’est-à-dire en marquer l’absence. D’où son désir. Le désir de sens, c’est ça le sens. Aller au bout du pinceau, là où le désir se fait geste, y porter la main, c’est toucher au fond. Le fond c’est le désir de prendre forme. La forme, quand elle prend forme, n’exprime alors que le désir d’être ce qu’elle est. Voilà une clé de mon « abstraction » par ailleurs si intempestive, dite également à tort non figurative alors qu’elle est elle-même figure et motif – émotive -, salutaire mise en échec de la subjectivité au profit de la seule présence, qui fait que peindre c’est n’être plus que masse colorée, corps dansant aimanté par cet Autre qui émerge.

Je suis toujours bien en peine pour répondre à la question Qu’est-ce que tu peins ? / A vrai dire rien, sinon que je peins, ou m’y efforce… / Mais encore ? / Disons l’état des forces en présence / Mais quelles « forces » ? D’où, vers quoi ? / Je sais seulement qu’on n’est pas toujours le plus fort, que je dois assumer imperfections et faiblesses, ce côté mal ébarbé, mal fini, dans l’espoir que cela dise aussi cette vérité-là. La fragilité. Et que d’autres que moi éventuellement s’y reconnaissent, comme il arrive que l’on se reconnaisse dans un paysage découvert pour la première fois.

Bien en peine, donc, jusqu’à ce que je trouve (et m’approprie) cette belle réponse sous la plume de Bernard Noël(1) : « Il aime la surface qu’il travaille et celle-ci, en échange, lui révèle la forme de son amour. Le désir n’érotise pas l’image, il la constitue, aussi n’en est-elle pas le séduisant reflet, mais le lieu où apparaît l’Autre tel que justement le désir l’appelait – le formait. L’œuvre terminée n’est pas l’affirmation du « je » mais la trace de la tension sauvage, amoureuse et mentale, vers le « tu ». »

… Voilà tout un remuement réveillé par ton « M’aspire à fond l’inspiration des formes sans fond. » – l’eusses-tu cru ?

 


(1) J’avais noté ça dans un carnet, mais je n’ai pas la référence.

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