Caviar d’âge chronique

J’ai des images de poste restante à la veille d’un grand soir.

Chercher querelle aux mots piégeurs. À quelle adresse le destinataire déchire-t-il ses courriers? A-t-il déjà été écrit? Pour éconduire les mots valises et passer au travers de la muraille du langage d’usage.

Poursuivre le jeu de la tergiversification : masquer les paradoxes pour tenir le grand écart à l’instant d’après, entre la lassitude des jours sans lacets et l’entrelacement des pensées conspiratrices.

Dans sa carrière de mélancolies le tailleur de silence fait saillir un éclat de signifiant : un entraînement à l’esquisse de portraits poétiques de la dérision.

La rosée au petit matin n’y peut rien , l’état de veille pose la question du sujet . Quoi de neuf ou quelle remontante ?

L’été passé à cultiver la paresse d’un sujet à convoquer plutôt qu’un autre, ne manqua pas d’occasions de s’arrêter au point de se demander s’il y a un S à vacance..! Cela respire l’outrecuidance, non?

Comme une sorte de dialogue impossible avec un locuteur absent ou muet et même pas absent. Que dire d’autre de l’expression je suis tout à vous sinon qu’elle encombre la pensée, qu’elle s’encombre aussi tout autant et vous met hors de vous sur le même registre.

J’ai reconverti l’inspiration en sortie de cellule; c’est l’heure de la promenade, tracas d’écriture n’est que trop de ratures en ce cas. On dirait un refus de parloir accordé à un visiteur de prison par son tiers rieur. Fin de détention ou poursuite de la promenade sous d’autres formes, avant coureur ? À qui le tour ?

Trouver une halte-mobilité dans des cartes routières, matière à tourisme de mortabilité. J’écoute l’expression apprivoiser le hasard, ni le journal de Charles Juliet ni les écrits de Roger Laporte ne sont de bons recours pour appeler une contrainte providentielle, accepter de se soustraire à la profusion des sens.

J’en rajoute ? N’est-ce-pas là encore l’amorce d’un dialogue avec une paresse autrement besogneuse ? Il n’est pas si simple de parler de la pluie et puis du beau temps. Contempler avec un certain contentement l’écoulement du temps avec un grand R. Dénoncer l’éthique de découragement, fin de trêve du sujet à la source et TAK ! Un illustre ancien n’a-t-il pas écrit que le savoir vivre c’était savoir ne pas reculer d’un pouce dans la lutte contre le renoncement !

L’écriture sèche sa fine couche d’argile. Astreindre cette ligne de rides qui marque les saisons de reprises en main ; du verbe reprendre, c’est à dire en prendre encore une fois.

Et finir par écrire enfin ce que je n’y arrive pas ! On s’échappe du quelque chose à dire…

C’est chronique, tenir une chronique à la manière d’un début de vrai faux dialogue comme une inconnue qui s’installerait à une table de café dans une indifférence calculée de votre présence.

C’est quand on ne se dit rien qu’on s’entend le mieux. La bulle d’un silence d’intention reste vacante à dessiner. C’est à ce moment là que le souffleur d’inspiration glisse au vocabulaire de se taire, à l’affût de prendre au piège du verbe ce que le regard démasque.

Alors écrire comme on engage une conversation fortuite ? Faire une partie de mots échangés, interchangeables, une partie purement gratuite évidemment, avec un rien d’assurance et l’attente d’un dernier propos; exemple :

– Que dit la météo au fait?

– Même heure , même endroit?

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